Mesdames et Messieurs les Gouverneurs,
Messieurs les Premiers Ministres,
Monsieur l'Ambassadeur,
Mesdames, Messieurs,
Je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui et je tiens à remercier bien sincèrement le Premier Ministre Bernard Landry de son aimable invitation. Je sais que l'Ambassadeur du Canada, Michael Kergin, aurait souhaité être présent, mais cela lui a malheureusement été impossible. C'est donc à moi que revient le privilège de partager ces quelques moments en votre compagnie, dans cette magnifique ville de Québec.
L'année qui vient de s'écouler a été une année spéciale, et ce à bien des égards.
Or, cela est particulièrement vrai des relations entre le Canada et les États-Unis. Les atrocités commises par les terroristes sur notre continent nous ont fait prendre conscience plus que jamais des liens étroits qui unissent les Canadiens et les Américains.
Et, face à de nombreux défis communs, nous nous sommes montrés parfaitement à la hauteur de la situation. Comme nous avons coutume de dire de côté-ci de la frontière, nous avons pris le taureau par les cornes.
Tout d'abord, dans la lutte contre la terreur et les terroristes. Que ce soit sur le front, en Afghanistan, où nous avons combattu côte à côte, ou dans nos pays, où nous n'avons ménagé aucun effort pour rendre la vie des agents de la terreur et des terroristes en puissance la plus difficile possible. L'action commune des autorités canadiennes et américaines s'est traduite par :
Toutefois, la Déclaration et le Plan d'action en 30 points sur la frontière intelligente lancés en décembre 2001 par le vice-premier ministre, John Manley, et le directeur de la sécurité intérieure, le gouverneur Tom Ridge, est sans contredit la mesure la plus judicieuse prise à ce jour. Ce programme d'action s'articule autour de quatre grands axes :
Nous connaissons bien notre frontière commune. Il en va de même pour ses usagers, comme les entreprises de composants électroniques de la région de Montréal qui utilisent les autoroutes 87 et 89 pour livrer « juste à temps » des pièces aux usines d'assemblage de la Nouvelle- Angleterre. L'ALENA est maintenant en vigueur depuis huit ans et nos administrations douanières ont effectué des vérifications auprès d'un grand nombre, sinon la plupart, de nos entreprises exerçant des activités transfrontalières. Nous savons ce qu'elles fabriquent et connaissons leurs fournisseurs ainsi que leurs clients, et même le nom des compagnies qui transportent ces marchandises de l'autre côté de la frontière. Cela nous a grandement facilité la tâche.
Mais cela a également nécessité des efforts importants de la part de dizaine d'agences et de ministères des deux côtés de la frontière, et la contribution de centaines d'intéressés, ce qui a permis de réaliser d'immenses progrès en très peu de temps. En fait, nous avons réalisé plus de progrès dans le réaménagement de la frontière canado-américaine en quelques mois que pendant presque une décennie. Je suis convaincu que, comme moi, vous conviendrez que nos citoyens le méritent amplement. Il nous incombe de veiller à ce que, au cours du 21e siècle, notre frontière commune soit ouverte au commerce, mais fermée aux terroristes.
Cela est essentiel pour notre sécurité et pour notre bien-être économique. Nous ne voulons pas que se répète la situation qui prévalait au lendemain du 11 septembre, l'année dernière, lorsque les camions en attente ont provoqué des embouteillages à la frontière et que les personnes ne pouvaient plus la franchir.
Les gouverneurs de la Nouvelle- Angleterre sont mieux placés que quiconque pour comprendre la nécessité d'assurer notre sécurité économique, étant donné que le Canada est la principale destination des exportations de chaque État. L'année dernière, la valeur des échanges de marchandises entre le Canada et les États de la Nouvelle-Angleterre a atteint plus de 21 milliards $US. Il ne s'agit pas là d'un commerce à sens unique et il est évident que nous sommes vulnérables des deux côtés de la frontière.
J'aimerais maintenant aborder les questions qui nous préoccuperont vraisemblablement au cours des mois à venir. Mais permettez-moi tout d'abord un bref retour sur quelques dossiers importants qui ont retenu notre attention au cours de la dernière année.
Force est d'admettre que l'absence totale de problème dans des relations aussi importantes que celles entre le Canada et les États-Unis tiendrait du miracle. Il est impossible que des marchandises et des services d'une valeur de 1,4 milliard $US traversent la frontière tous les jours sans quelques difficultés à l'occasion.
Certes, certaines questions commerciales ont une plus grande visibilité que d'autres. De plus, des problèmes qui semblent relativement mineurs eu égard à la valeur totale de nos échanges bilatéraux peuvent avoir d'immenses répercussions sur les collectivités et les travailleurs.
Le différend sur le bois d'oeuvre en est un exemple. Les droits compensateurs et antidumping de 27 p. 100 exigés à titre punitif sont préjudiciables au Canada comme aux consommateurs et aux futurs propriétaires américains. Et cela, malgré les efforts déployés par les gouvernements américain et canadien pour régler ce litige qui dure depuis des décennies. Le gouvernement et les provinces du Canada sont très déçus que la coalition américaine pour le bois d'oeuvre ait rejeté notre offre. Entre-temps, nous poursuivons la voie juridique. Mais nous voulons d'abord et avant tout trouver une solution durable. Nous sommes donc disposés à examiner toute proposition sérieuse de l'Administration américaine.
Ces derniers mois, nous nous inquiétons également de la possibilité que le gouvernement américain accorde de nouvelles subventions ayant un effet de distorsion sur les échanges. Nos industries et nos gouvernements ont tout lieu de s'inquiéter d'une nouvelle loi agricole qui pourrait se traduire par l'augmentation des subventions aux agriculteurs américains, en les étendant à de nouveaux types de cultures, et par l'introduction de nouvelles normes d'étiquetage prévoyant la mention du pays d'origine pour les produits agricoles. Au chapitre des subventions, personne n'est sans reproche, mais certains, comme les États-Unis et l'Europe, ont plus de moyens que nous.
Toutefois, au cours des prochaines années, je suis convaincu que nous pourrons travailler ensemble, en tant que partenaires économiques, pour renforcer nos économies respectives et contribuer à la prospérité du continent.
Maintenant que le gouvernement américain a reçu du Congrès l'autorisation d'entamer des négociations commerciales et ce n'est pas là une mince réussite , nous pouvons unir nos efforts pour libéraliser le commerce, dans l'hémisphère et dans le monde entier. Nous pourrons en outre nous pencher sur l'épineuse question des subventions agricoles, qui portent préjudice non seulement à nos industries agricoles, mais aussi à l'économie des pays en développement, dans le seul secteur où ceux-ci pourraient être concurrentiels.
Bien entendu, nous poursuivrons notre lutte commune contre le terrorisme et le travail amorcé ensemble pour protéger le continent. Le Plan d'action sur la frontière intelligente a montré que, lorsque nous conjuguons nos efforts pour relever des défis communs, nous pouvons obtenir des résultats remarquables. Nous continuerons à assurer la mise en oeuvre pleine et entière de programme d'action en 30 points, notamment dans les domaines qui nécessitent une attention et une coopération soutenues. De nouveaux domaines de coopération seront aussi identifiés pour l'avenir.
Pendant ce temps, nous continuerons à suivre attentivement la mise en place du Département de la sécurité intérieure aux États-Unis. Nous ferons en sorte que les excellentes relations nouées au fil des ans, entre les différentes organisations américaines qui relèveront du nouveau département et leurs homologues canadiennes, continuent à s'épanouir. Dans ce contexte, nous proposons que celui-ci se dote d'un service spécialement chargé des questions touchant à la frontière septentrionale.
Enfin, nous accorderons une attention particulière au secteur de l'énergie. Sauf en Nouvelle-Angleterre, les Américains ne réalisent pas toujours que le Canada est le principal fournisseur d'énergie des États-Unis. Nos interlocuteurs sont souvent surpris d'apprendre que 94 p. 100 du gaz naturel et presque la totalité de l'électricité importés aux États-Unis proviennent du Canada. Et certains demeurent souvent incrédules lorsqu'on leur dit que les États-Unis importent plus de pétrole et de produits pétroliers du Canada que de l'Arabie saoudite.
Sur le plan de la sécurité nationale, nous ne pouvons sous-estimer l'importance du Canada, un pays voisin et ami, pour l'approvisionnement énergétique des États-Unis. Dans cette optique, le Canada s'attend à ce que la législation américaine ne soit pas discriminatoire à l'égard des sources d'énergie canadiennes.
Je pense ici en particulier aux importations d'énergie hydro-électrique, qui devraient avoir droit au même traitement que les sources d'énergie renouvelables américaines en vertu des programmes américains.
En terminant, je voudrais simplement mentionner que j'ai été particulièrement heureux d'avoir eu la possibilité de partager ces quelques réflexions avec vous aujourd'hui. Pour moi, il est clair que nous partageons les mêmes intérêts et les mêmes valeurs, que nos objectifs se rejoignent et que l'avenir de ce grand partenariat est plus prometteur que jamais.
Thank you very much.
Merci beaucoup.